Des dromadaires sentinelles du désert nigérien

Sep 8, 2022 | ACTUALITÉS

Depuis cet été, ce ne sont pas que les véhicules de la Réserve de Termit et Tin-Toumma au Niger qui sillonnent cette immense aire protégée de 86 215 km², mais aussi 6 dromadaires. Basés au Camp Mena, la base vie de la réserve, ils sont montés par des agents communautaires, issus des populations locales. On les appelle alors, des « patrouilles méharistes », « méhari » signifiant « dromadaire de selle » en Afrique du nord.

MARTIN HOCHART, DIRECTEUR DE CETTE RÉSERVE, NOUS EN PARLE.

FAUT-IL DES QUALIFICATIONS SPÉCIFIQUES POUR ÊTRE MÉHARISTE ?

Pour être « méhariste » il faut simplement savoir chevaucher des dromadaires. Au sein de la réserve, seuls les agents d’origine Toubou, Peul ou Touareg savent le faire. Nous avons donc prévu des formations pour les agents lutte anti-braconnage (LAB) d’origine Kanouri ou Zarma qui représentent la majorité de nos effectifs, pour qu’ils puissent aussi patrouiller avec ces montures.
Le dromadaire est un animal en partie sauvage, très vif, et possède une mémoire d’éléphant. Il faut être ferme et attentif lorsqu’on le chevauche. Si quelqu’un le frappe, il faut ensuite qu’il évite de passer derrière lui, car ce dernier n’oubliera pas, et le gratifiera, dès qu’il pourra, d’un coup bien placé.

QUI S’OCCUPE DES DROMADAIRES ET COMMENT SE DÉROULENT LES PATROUILLES ?

Nous avons un chauffeur d’origine Toubou qui s’occupe également des dromadaires. Il connaît parfaitement le désert, accompagne les progressions dans le massif de Termit, et se charge de nourrir les animaux pendant les canicules (avril, mai, juin) avec du tourteau (mélange de mil et autres céréales trempées dans de l’eau). Le reste du temps les dromadaires mangent la végétation environnante, comme les feuilles d’acacias, sur leur route. Chaque méhariste est également responsable de sa monture et doit aller la chercher le matin, si elle s’est éloignée pendant la nuit.
Une patrouille dans le désert se déroule donc en forme d’étoile, avec l’eau au milieu et parfois de la nourriture également. Généralement cette dernière est plutôt portée sur le dromadaire.

QUEL EST L’AVENIR DE CES PATROUILLES ?

Pour le moment nous ne disposons que de 6 dromadaires. Nous avons comme objectif de former plus de méharistes, nous doter de plus de montures, et accroître le nombre de patrouilles dans la réserve, qui est l’une des plus grandes aires terrestres protégées au monde.

POURQUOI AVOIR FAIT LE CHOIX D’ORGANISER DES PATROUILLES « MÉHARISTES » ?

Le dromadaire a plusieurs atouts, il est appelé le vaisseau du désert. Il permet d’aller loin, lentement mais sûrement. Il est évidemment plus écologique et économe en termes énergétiques. À titre d’exemple, nos véhicules consomment 20-25 litres / 100 km sur sol dur, et 30-35 litres dans le sable fin du désert.
Le dromadaire a juste besoin que des points stratégiques soient prévus pour le dépôt d’eau cachée et enterrée dans le sable. Les méharistes y passent régulièrement abreuver leurs montures. En période chaude un dromadaire peut ne pas boire durant 5 jours et jusqu’à plus de 10 jours en saison plus fraîche. Toutefois, cet animal reste à surveiller en période de canicule, car ici les 46°C ont été très souvent dépassés.
De plus, cet animal est perçu comme moins intrusif par la faune sauvage, qui se laisse donc plus facilement observer.

IL NE FAUT ÉGALEMENT PAS NÉGLIGER LE FAIT QUE CE MOYEN DE TRANSPORT CRÉE DU LIEN ENTRE LES PERSONNES ET LES CAMPEMENTS. LE LAIT FRAIS DE CHAMELLE EST UNE BOISSON PARTAGÉE COMME LE THÉ TRADITIONNEL. DE MÊME, SON UTILISATION RÉACTIVE ET VALORISE DE FAIT LES SAVOIRS LOCAUX. C’EST UNE MANIÈRE D’ALLER À LA RENCONTRE DES HABITANTS. UN TOUBOU M’A DIT UNE FOIS « ON RESPECTE CELUI QUI FAIT L’EFFORT DE VENIR VERS NOUS ».

CONGO : Place aux ateliers de cartographie participative

Dans un grand espace extérieur, entre les maisons en terre battue construites en plein cœur d’un des villages du Parc National de Conkouati-Douli au Congo, quelques dizaines d’hommes, de femmes et d’enfants forment un cercle. Au centre, ils ont disposé à même le sol...

Pièges à collet métallique, un fleau mortel pour la faune au Congo

Quand un animal a la chance de survivre à un piège à collet métallique, il boite, suite généralement à une mutilation. Quand il est moins chanceux, il agonise et meurt lentement de sa blessure, de stress et de panique, voire de déshydratation ou d'inanition, ou encore...

Tchad : Le quotidien des agents communautaires

Ils s’appellent Alioum, Abakar, Nouraddine, etc. ils sont 12 à plein temps à sillonner en moto le Complexe d’Aires Protégées de Binder-Léré au Tchad, jusqu’à son cœur vert, le Parc National de Zah Soo, créé en 2022.Ils sont agents communautaires, et ont pour mission...

Tentes nomades : quand la charpente en bois devient métallique pour réduire le déboisement

Louwa Goukouni Hassane s’asseoit volontiers avec notre responsable communautaire et le traducteur aux pieds de la nouvelle tente que sa famille a offert à sa fille Amina pour son mariage. La structure, recouverte de nattes en paille, s’érige à côté de celles des...

8 mars : journée internationale des droits des femmes

Cette journée internationale des droits des femmes, qui a été officialisée par les Nations Unies il y a plus de 45 ans et dont les origines sont liées à l'histoire des luttes ouvrières et des manifestations de femmes au tournant du XXème siècle en Amérique du Nord et...

Un défi pour le Parc de Conkouati-Douli : la cassitérite

Moins connue du grand public que l’or, la cassitérite, présente dans le parc, est un des minerais les plus précieux au monde. Elle est utilisée pour produire de l'étain, qui est un composant important de nombreux produits tels que l'électronique et les pièces...

Zah-Soo, un parc national sous forte pression pastorale

Le Parc National de Zah-Soo, situé au sud-ouest du Tchad dans la province du Mayo-Kebbi Ouest, créé en mars 2022, est issu d’un processus de conversion de la zone cœur de la Réserve de Faune de Binder-Léré et de sa périphérie (nord, sud-est) en zones intégralement...

Terre Sauvage publie la photo d’un jeune addax

Le magazine mensuel français grand public Terre sauvage, consacré à la nature, publie une de nos photos prise dans la Réserve Naturelle de Termit et Tin-Toumma au Niger (numéro de novembre 2021).Texte de l'encart : "Il ne subsiste dans le monde plus qu'une centaine...

Environ 4 100 gazelles dorcas dans le Massif de Termit

Les pièges photographiques implantés dans le massif de Termit dans la Réserve Naturelle de Termit et Tin-Toumma au Niger ont permis un suivi précis des gazelles dorcas en 2022. L'analyse de leurs données conduit à une estimation de 1,37 gazelles/km², ce qui correspond...

Quand le four en argile rime avec écologie et économie

En Afrique subsaharienne, où des millions d’habitants ont un faible accès à l’électricité ou le gaz, le bois de chauffe et le charbon de bois sont la principale source d’énergie pour la cuisson des repas, représentant ¾ de sa demande. Aussi dans et autour du Complexe...